Le cinéma de Hong Kong en péril : entre hiver glacial et appel à la réforme

Malgré les récents succès au box-office chinois de A Guilty Conscience (2023), City of Darkness (2024) et The Last Dance (2024), le cinéma de Hong Kong traverse une crise sans précédent. Louis Koo, président de la Fédération des cinéastes de Hong Kong, a récemment déclaré que l’industrie cinématographique entrait dans une « période hivernale », marquée par une réduction drastique de la production, envisageant même un avenir où chaque projet aurait besoin du soutien financier du gouvernement HK pour voir le jour.

Cependant, pour l’acteur et producteur Tin Kai-Man (Shaolin Soccer), président de l’Association des techniciens du cinéma de Hong Kong, la situation est encore plus critique. « Ce n’est pas un simple hiver, mais une époque glaciaire, » affirme-t-il. « En 46 ans de carrière, j’ai connu des crises, mais jamais une aussi grave. Pourtant, ce n’est pas la fin du monde. Toute l’industrie, y compris les salles de cinéma, doit être réformée pour espérer un renouveau. »

En effet, depuis plus d’une quinzaine d’années, le public hongkongais a déserté les productions locales pour privilégier les films hollywoodiens. Si The Last Dance détient le record du box-office HK dans la catégorie des films en langue chinoise avec 148 M$HK, une production comme Avengers: Endgame lui est supérieure de 50 % avec 222 M$HK !

 

Vers une nécessaire réforme

Tin Kai Man souligne que le cinéma hongkongais a toujours su évoluer : du noir et blanc à la couleur, de la pellicule à la production numérique. « Aujourd’hui, il faut aller encore plus loin, moderniser les équipements des salles et proposer des innovations technologiques qui feront de l’expérience en salle une expérience unique et irremplaçable, » précise-t-il.

Avec des techniciens, il explore de nouvelles idées de réforme visant à rendre la salle de cinéma incontournable. « L’objectif est de créer un contenu qui ne peut être pleinement apprécié qu’au cinéma. Même en cas de diffusion sur plateformes, l’expérience doit être différente. » Toutefois, ces idées sont encore à l’étude et leur faisabilité reste à confirmer.

Production en berne

L’année dernière, seulement une vingtaine de films hongkongais ont vu le jour. Tin Kai Man anticipe une baisse encore plus importante cette année, bien qu’il espère un redressement au second semestre. Il insiste sur l’importance de la qualité des productions plutôt que sur la simple satisfaction d’un quota. « Le marché hongkongais a besoin de produits de haute qualité, capables de rivaliser internationalement. »

Ces dernières décennies, les productions HK se sont beaucoup trop reposées sur leur gloire passée et n’ont cessé de proposer des polars d’action aux formules éculées. 

Le manque de main-d’œuvre locale est également un problème. Les professionnels du cinéma suivent les opportunités, qui viennent aujourd’hui de Chine continentale, où des figures majeures comme Stephen Chow ont installé leur société de production.

La solution de la région de la Grande Baie

Ng See Yuen, autre figure du cinéma hongkongais, plaide pour une ouverture au marché de la Grande Baie, qui inclut plusieurs villes chinoises prospères comme Guangdong et Macao. « Si nous exploitons ce marché correctement, il pourrait représenter l’équivalent de deux marchés hongkongais. Même des productions moyennes pourraient ainsi rentabiliser leurs coûts. »

En effet, sur son seul et unique marché, l’industrie de Hong Kong réalise des productions relativement modestes, à l’exception des coproductions avec la Chine continentale à grande échelle, mais dont l’action se passe principalement à Hong Kong. C’est le cas de films comme The Prosecutor, Cesium Fallout ou encore Custom Frontline, trois productions d’envergure qui n’ont pas réalisé de recettes satisfaisantes en Chine continentale, gelant par la même occasion l’investissement des productions du continent chinois.

Ng See Yuen propose également que le gouvernement de Hong Kong finance la promotion des films pour garantir leur distribution. « Lorsque le box-office atteint 10 millions de dollars HK, tout le monde semble satisfait, mais en réalité, les producteurs ne récupèrent qu’un tiers de cette somme, ce qui est insuffisant. »

Un avenir à redéfinir

Selon Ng See Yuen, Hong Kong doit aussi investir dans l’animation et les effets spéciaux, secteurs en plein essor en Chine. « L’animation ne nécessite pas de grands espaces de tournage ni de stars. Elle peut devenir un atout pour Hong Kong. »

Généralement, les productions de Chine continentale sont rarement exploitées à Hong Kong. Mais porté par le colossal succès sur le continent, le film d’animation Ne Zha 2 a suscité un intérêt inattendu auprès du public hongkongais, cumulant près de 52 millions de dollars HK. Soit la seule production de Chine continentale à figurer dans le top 20 historique des films en langue chinoise (cantonais) du box-office HK.

Malgré cette crise historique, Tin Kai Man reste optimiste : « L’extinction d’une époque est aussi le prélude d’une renaissance. Nous devons décider quel type de films produire pour captiver notre public. Les formats et les stratégies doivent évoluer. »

En somme, l’avenir du cinéma hongkongais repose sur une transformation audacieuse. L’industrie peut-elle réussir cette mutation et retrouver son lustre d’antan ? Seul le temps le dira.

À Propos de Tirry

Créateur et rédacteur en chef de Celestial Empire, connu également pour être le tenancier du site Jackie Chan France

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